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Bingo Smith : Récit d’un joueur méconnu

Bingo Smith : Récit d’un joueur méconnu

Il n’est pas le joueur le plus célèbre de l’histoire des Cavaliers. Il n’est pas le meilleur joueur de l’histoire des Cavaliers, ce titre honorifique revenant bien sûr à sa majesté Anderson Varejao. Robert Smith est un de ces joueurs méconnus qui ont marqué l’histoire de la franchise de l’Ohio au point de voir son maillot, le numéro 7, être retiré.

 

Robert « Bobby » Smith naquît le 26 février 1946 (il est donc un peu moins âgé que Dirk Nowitski et Vince Carter) dans la ville de Memphis, Tennessee. S’il passa sa jeunesse dans la ville du King (du rock’n’roll), étudiant notamment à la Melrose High School, il joua pendant quatre ans, de 1965 à 1969, au niveau universitaire pour le Golden Hurricane de l’Université de Tulsa. C’est d’ailleurs durant son cursus universitaire qu’il fut pour la première fois surnommé « Bingo » Smith par un reporter. En effet, à son arrivée dans l’équipe, il partagea le vestiaire avec deux autres « Bobby » Smith et fut donc surnommé Bingo pour éviter les confusions. Son surnom est donc avant tout une pure question de logistique et n’a aucun rapport avec une quelconque passion pour un jeu de hasard prisé des clubs du troisième âge.

Bingo Smith termina son parcours universitaire sur une saison 1969 aboutie sur le plan individuel. Il fut nommé meilleur joueur de la Missouri Valley Conference (MVC) et donc logiquement nommé dans la First-Team All-MVC. Il fut également retenu dans la Third-Team All-American de l’Associated Press malgré le peu de résultats obtenus par le Golden Hurricane sur le plan collectif.

Le soir de la Draft 1969, Bingo Smith fut sélectionné en 6ème choix lors du premier tour par les San Diego Rockets (les prédecesseurs des fusées de Houston, Houston étant un choix bien plus logique pour parler de fusées qu’une ville côtière californienne, eeeeeenfin bref).

À peine un an après sa draft, la ligue s’est agrandie, accueillant en son sein les Portland Trail Blazers, les Buffalo Braves (aujourd’hui devenus les Los Angeles Clippers) et les Cleveland Cavaliers. Non-retenu par les Rockets et donc libre d’être choisi par l’une des trois nouvelles franchises lors de la draft d’expansion, Bingo Smith fut l’un des onze joueurs sélectionnés par le front-office des Cavaliers durant l’été 1970.

Dès son premier match sous ses nouvelles couleurs, Smith scora 21 points lors de la défaite des siens 92 à 107 face aux Buffalo Braves. En effet, comme nous le verrons en revisitant l’histoire de la franchise de l’Ohio, les succès furent rares dans les premières années de l’équipe (comme dans un peu toutes les années avant l’an de grâce 2003, année de l’explosion de Carlos Boozer). Les Cavaliers perdirent leurs quinze premiers matchs en NBA et ne finirent aucune de leurs cinq premières saisons plus haut que la sixième place de conférence. Ils finirent même bon dernier de leur première saison avec un bilan digne des plus grandes heures des Nets de 15 victoires pour 67 défaites.

Membre important d’une équipe composée d’Austin Carr, Nate Thurmond et Richard Snyder, le tout coaché par le légendaire Bill Fitch, Bingo Smith et ses coéquipiers emmènent les Cavaliers jusqu’à leur premier titre de division en 1976. Cette année-là (le succès venait d’ouvrir ses ailes..), les Cavaliers possèdent l’un des plus beaux collectifs de la ligue avec 7 joueurs tournant à plus de 10 points de moyenne. Numéro deux de la conférence Est, ils iront jusqu’en finale de la conférence Est (à une époque où les trois meilleures équipes de chaque conférence étaient exemptés de premier tour) après avoir éliminé les Washington Bullets en demi-finale. Lors de cette série âpre, accrochée, durant laquelle Cleveland fut poussé dans ses derniers retranchements, Bingo Smith se révéla extrêmement important. Après avoir perdu l’avantage du terrain lors du match 1, les Cavaliers durent se déplacer à Washington. Dans la capitale américaine, Bingo Smith finit meilleur marqueur de son équipe avec 17 points et marqua le tir de la gagne d’un de ses fameux raimbow jumpshot dans un Game 2 finalement remporté 80-79. Quelques jours plus tard, Richard « Dick » Snyder allait envoyé tout le Nord-Est de l’Ohio au paradis avec le tir de la gagne à 4 secondes de la fin du Game 7 (87-85) sur une sorte de mix entre un lay-up/hook main droite avec la planche .

Cette saison 1975-1976 fut surnommé plus tard le Miracle de Richfield, tant ce scénario paraissait invraisemblable quelques mois auparavant. Malheureusement la blessure du pivot titulaire de l’équipe Jim Chones empêcha la « Miracle Tream » (ça c’est du nom qui claque) de pouvoir lutter pleinement avec les Boston Celtics de John Havlicek et Paul Silas, en route vers un treizième titre NBA.

L’année d’après, les Washington Bullets prirent leur revanche face à des Cavaliers forts de 43 victoires en saison régulière. Éliminé face aux Knicks de Jim Cleamons en 1978 après trois saisons d’affilée en post-season, les Cavaliers entrèrent alors dans une phase difficile qui les éloignera des playoffs pendant 6 saisons et qui sera le théâtre de grands changements dans l’effectif des Wine and Gold.

C’est ainsi qu’après 9 saisons pleines sous le maillot des Cavaliers, Bingo Smith, qui n’aura jamais pu dépasser le stade des finales de conférence (il faudra la formidable épopée des joueurs de Drew Gooden en 2007 pour enfin voir Cleveland atteindre les Finales NBA) est transféré aux San Diego Clippers (encore une grande équipe de vainqueurs). Le 27 octobre 1979, Bingo Smith, alors âgé de 33 ans, fait l’objet d’un trade contre un troisième tour de draft, utilisé alors pour choisir Stuart House. Le maillot de l’ancien arrière des Cavs fut alors retiré près d’un mois plus tard alors que ce dernier était encore en activité.

Bingo Smith prit sa retraite en 1980 après avoir été sélectionné par les Dallas Mavericks lors de la draft d’expansion. Il ne joua jamais pour les étalons texans, choisissant un repos bien mérité après avoir arpenté les terrains de la grande Ligue durant près de 11 ans sans n’avoir jamais connu de blessures sérieuses.

Mesurant 1 mètre 96 pour près de 90 kilos, Bingo Smith était un poste 2 ou 3 mobile, surtout connu pour ses qualités de sniper. Tireur extérieur régulier, utile afin de créer du spacing pour des joueurs comme Nate Thurmond, il était connu pour son « raimbow jumpshot » si efficace, ce shoot envoyant le ballon à haute altitude très populaire auprès des fans dans les années 1970, ainsi que pour sa capacité à tirer de longue distance. Il ne fait aucun doute que ses statistiques auraient été plus marquantes s’il avait pu jouer plus longtemps dans une ligue reconnaissant le shoot à 3 points. En effet, si sa capacité à tirer du parking était unanimement reconnue, seule sa dernière saison fut effectuée après l’instauration de la ligne à 3 points.

Son coéquipier et ami Dick Snyder disait de lui qu’il était un esprit libre et un shooteur fou.

« Chaque fois que Bingo avait le ballon, il allait trouver le moyen de shooter » Richard Snyder

Au final, Bingo Smith aura joué 865 matchs en NBA et passé 22,407 minutes sur les parquets de la grande Ligue, alternant entre un rôle de starter et de sixième homme. Il finit sa carrière en ayant scoré 10 882 points, pris 3 630 rebonds et effectué 1734 passes décisives, soit des moyennes de 12,6 points, 4,2 rebonds et 2,0 passes par matchs, le tout à 44,9% de réussite au shoot dont 79,8% depuis la ligne des lancers.

À titre individuel, sa meilleure saison fut la saison 1973-1974 durant laquelle il tourna à 15,9 points de moyenne à 48,3% de réussite au shoot. Il se fit remarquer lors de ses trois dernières saisons en finissant leader de la ligue en terme de pourcentage de turnovers, ce qui est une statistique comme une autre hein, au moins il a dominé une catégorie statistique et ça, tout le monde ne peut pas en dire autant..

Aujourd’hui encore, il reste le 3ème Cavalier au nombre de matches joués, 6ème meilleur marqueur de l’histoire de la franchise en saison régulière avec 9 543 unités derrière Mark Price. Il est également le 10ème meilleur rebondeur de l’équipe bien qu’il fut un joueur extérieur, il cumule aujourd’hui 3 057 prises pour les Wine and Gold.

Si sa santé fragile (il a fait un arrêt cardiaque très sérieux il y a quelques années, sans doute en voyant la Draft d’Anthony Benett) l’empêche d’être aussi assidu qu’il le souhaiterait à la Q Arena. Il a pourtant été un supporter régulier des Cavs pendant de nombreuses années après sa retraite. Il est aujourd’hui sujet à de nombreux trous de mémoire, le côté droit de sa bouche est paralyée tandis que son bras droit, longtemps si agile et gracieux est maintenant raide et engourdi.

Aujourd’hui, Bingo est membre du Hall of Fame de l’Université de Tulsa et du Ohio Basketball Hall of Fame depuis 2016.

Si jamais vous devez vous rendre à la Quicken Loans Arena, en levant les yeux vers le plafond vous devrez apercevoir son maillot. Joueur majeur des débuts des Cleveland Cavaliers, shooteur émérite, membre éminent de la « Miracle Team », Robert « Bingo » Smith fait partie de ces joueurs que la Grande Histoire oublie trop souvent. C’est pourquoi nous lui rendons ici hommage.

 

Fan des Cavaliers depuis 2013, je cherche depuis une raison de m'accrocher à une équipe qui passe le plus clair de son temps à me détruire le cœur.

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