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L’Ère Mark Price – Brad Daugherty

L’Ère Mark Price – Brad Daugherty

Dès lors que l’on touche au sport, la ville de Cleveland a longtemps été une ville frappée d’une terrible malédiction. Depuis le passage de Jim Brown aux Browns (ça ne s’invente pas) et le trophée du Super Bowl remporté en 1964, Forest City aura connu d’innombrables désillusions, coups de poignards et autres moments terribles. On peut en citer plusieurs, The Shot de Michael Jordan (il en a planté deux sur les Cavs sur lesquels nous reviendront plus tard), The Catch, The Decision… Bref, jusqu’au retour salvateur de LeBron James à l’été 2014, Cleveland était une ville de losers, une ville maudite, habituée aux saisons pitoyables et aux éliminations plus tragiques les unes que les autres en playoffs que ce soit en basket, football ou baseball. 

Pourtant, la gloire de LeBron James et l’aura qu’il a donné aux Cavaliers en accrochant diverses bannières au plafond de la nouvellement renommé Rocket Mortgage FieldHouse, a pendant des années masqué l’histoire des Cavs, si bien qu’une légende urbaine a commencé à se développer : les Cavs n’avaient pas d’histoire avant le King. 

Et c’est là tout le problème. Les Cavs n’ont jamais rien gagné de significatif avant que l’enfant d’Akron ne débarque à l’été 2003. Leur palmarès était quasiment vierge, à l’exception d’un titre de champion de Division Centrale acquis en 1976. Pourtant, l’histoire des Cavs était riche. Pas aussi glorieuse et reluisante que celle d’autres franchises plus titrées ou plus attirantes, mais les Cavaliers ont longtemps été l’une des équipes en vue de la Grande Ligue, notamment au cours d’une des périodes dorées de l’histoire de la NBA : les années 1980/90. 

Durant près de deux décennies, la ligue et les fans du monde entier auront vibré devant la rivalité Celtics/Lakers, devant le génie de Bird et les passes de Magic, devant la violence des Pistons ou les exploits d’un des plus grands sportifs de tous les temps jouant à Chicago (je parle bien entendu de Luc Longley). Cette période clé de la NBA, point de départ de son immense et internationale popularité aura également coïncidée avec les meilleures années de ce qui était à l’époque une toute jeune franchise, les Cavaliers de Cleveland. Pendant une grosse dizaine d’années, les Cavaliers comptèrent parmi les meilleures équipes de la ligue, un collectif au jeu léché portée par des joueurs atypiques et talentueux comme Mark Price et Brad Daugherty que nous allons tenter de vous faire (re)découvrir. 

Pour vous aujourd’hui, nous allons revenir sur la période faste des Cavaliers qui, comme vous vous en doutez, s’est terminée d’une manière brutale et injuste après des années d’échecs. Parce que c’est comme ça que les choses se passent dans l’Ohio. 

 L’été 1986, la résurrection d’une équipe abonnée à la honte

Avant le 22 mai 2003, date à laquelle les Cavaliers sortirent vainqueur de la loterie, en possession du 1er choix de la prochaine draft ou le 19 juin 2016, date du premier titre, le jour le plus important de l’histoire des Cavs était le 17 juin 1986. Ce jour-là, les Cavs ont pris une nouvelle dimension grâce à une des meilleures drafts de l’histoire de la franchise.

Mais avant cela, nous devons revenir sur les années précédentes. Durant près de 5 ans, les Cavaliers vont devenir la franchise la plus mal gérée de l’histoire du sport professionnel américain. Sous la présidence de Ted Stepien, les Cavs vont s’enfoncer dans la médiocrité la plus totale, les décisions catastrophiques de leur propriétaire vont conduire less Cavaliers au bord de la ruine, obligeant la Ligue à intervenir.

Pour retrouver cette histoire, nous vous renvoyons vers cet article :

L’ère Ted Stepien, retour sur la pire période de l’histoire des Cavaliers

Notre histoire reprend donc au milieu des années 1980. En effet, après avoir passé les 3 premières saisons de sa carrière chez les Cavs dont une dernière à 19.6 points et 7.8 rebonds, l’ailier-fort Roy Hinson est envoyé à Philadelphie en échange de ce qui deviendra le 1er choix de la draft 1986, au cours de laquelle les Cavs disposaient également du 9ème choix. À l’époque, deux joueurs sont en course pour devenir le premier choix de la draft 86, deux phénomènes jouant à des postes différents mais avec des qualités évidentes. 

À l’époque, Cleveland se portera sur Brad Daugherty, le pivot de North Carolina (UNC) mais, si de nombreux observateurs lui prédisent un avenir brillant, le choix en fait tiquer certains car à l’époque, il était en concurrence avec le prodige de Maryland, Len Bias, qui fut sélectionné en deuxième position par les Celtics. L’ailier de Maryland est un phénomène athlétique et technique comme rarement vu auparavant : pouvant soulever plus de 130 kilos au développé-couché et avoir une détente verticale de plus d’un mètre, il est une force de la nature quasi incassable n’ayant raté aucun match lors de ses 4 saisons universitaires, son shoot est décrit par le journaliste sportif Michael Wilbon comme « le plus pur jamais vu ». Il le décrit comme « tout droit, forme parfaite, coude parfaitement placé, libération parfaite, suivi parfait. C’était une œuvre d’art” mais malheureusement, l’histoire va donner raison aux Cavs de la plus horrible des manières. Peu après la signature d’un juteux contrat avec Reebok et avant d’officialiser sa signature chez les Celtics en même que Daugherty (les deux ayant le même agent), Len Bias meurt d’une overdose de cocaïne le lendemain matin d’une soirée plus qu’arrosée. Larry Bird parlera de “la chose la plus cruelle qu’il n’ait jamais entendu” et le monde du sport américain restera profondément marquée par cette tragédie. 

Des deux grands espoirs américains de cette draft, seul Brad Daugherty aura l’occasion de prouver son talent sur la plus grande scène du monde. Cette draft 1986 reste aujourd’hui une des pires drafts de l’histoire à cause des nombreux problèmes que connurent certains de ses tous premiers choix comme Len Bias, Chris Washburn ou Roy Tarpley, néanmoins, elle aura fourni d’excellents joueurs lors des seconds tours avec notamment Drazen Petrovic, Arvydas Sabonis ou autres Dennis Rodman. 

Et de cette draft 86, ce sont définitivement les Cavaliers qui sortiront gagnants. En ajoutant Brad Daugherty dans sa raquette, la franchise de l’Ohio récupère un pivot athlétique et très mobile au QI basket très développé, bon des deux côtés du terrain tout en étant un modèle de professionnalisme. Issu d’une famille bourgeoise et petit-fils d’un ancien chef Cherokee (les indiens, pas les 4×4), Daugherty va mettre longtemps pour réellement trouver sa place sur un terrain de basket. S’il fut pendant longtemps considéré comme un joueur “soft” au cours de ses années universitaires époque où il devait partager le terrain avec Michael Jordan, il s’imposera progressivement comme l’un des meilleurs pivots des années 1980/90. Michael Jordan finira par dira de lui en 1992 qu’il “est peut-être le meilleur pivot de la Ligue. Il n’a pas la réputation de Pat, Hakeem ou David mais il a les stats du meilleur pivot”. 

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Brad était un homme simple, fans de courses de voitures (stock-cars et NASCAR), de chasse au serpent (je n’aurais pas aimé être KD à l’époque), de Clint Eastwood, de country ou de tabac à chiquer, Bradley Lee Daugherty était un homme banal aux passions de cowboys et à l’humilité bien trop importante pour un talent comme le sien. Il était tellement humble qu’à l’époque où il a rencontré celle qui allait devenir son épouse, il ne lui avoua pas qu’il était basketteur, préférant expliquer qu’il était mécanicien. Ce n’est qu’une fois dans l’avion pour lui rendre visite que la future madame Daugherty compris qui était son petit ami, son voisin de siège ne pouvant contenir son excitation et courant demander un autographe à Daugherty à la descente de l’avion.

Mais Daugherty ne fut pas le seul rookie à venir garnir les rangs des Cavaliers. Avec le 9ème pick (donné par la ligue suite aux multiples frasques de Stepien), les dirigeants de la franchise de l’Ohio sélectionnèrent un combo guard en provenance de Miami : Ron Harper. Gros scoreur au début de sa carrière, il verra son rôle évoluer au fil des ans jusqu’à devenir l’un des meilleurs défenseurs de la ligue au sein de la redoutable défense des Bulls puis des Lakers. Mais à sa sortie de l’université, Ron Harper finira sa saison rookie avec des moyennes absolument exceptionnelles de 22.9 points, 4.8 passes, 4.8 rebonds et 2.5 interceptions, finissant deuxième meilleur rookie de la saison derrière Chuck Person des Pacers.

Michael Jordan défendant sur Ron Harper

Et pour conclure une journée du 17 juin 1986 absolument exceptionnelle, les Cavs eurent la bonne idée d’aller monter un trade avec les Mavericks afin de récupérer un petit meneur de jeu sortant tout droit de Georgia Tech. Petit (1m83), frêle, lent, le jeune Mark Price ne faisait pas rêver les foules à sa sortie de l’université mais, comme vous le savez, il finira par devenir l’un des meilleurs joueurs de l’histoire des Cavs. 

Mais le mois de juin 1986 fut exceptionnel à plus d’un (ou trois) titres car, enfin stabilisée après des années de misère, les Cavs eurent la bonne idée de faire venir Wayne Embry en tant que General Manager afin d’entourer du mieux possible cette jeune et dynamique équipe des Cavs enfin de retour. Champion NBA avec les Celtics en 1968 et 5x All-Star sous le maillot des Cincinnati Royals au cours des années 60, Embry fut le premier GM afro-américain de l’histoire de la NBA au cours des années 70. Avec son expérience et sa sagesse, Embry multipliera les bonnes (et les beaucoup moins bonnes) décisions au fil des ans, étant nommé Executive of the Year en 1992 et 1998. 

FILE – In this Dec. 20, 1969, file photo, former Milwaukee Bucks center Wayne Embry, was honored for his leadership contributions to the Bucks first year, looks over trophy made from his basketball shoe as the Boston Celtics played the Bucks in Milwaukee. Embry fought racism for decades, by refusing to let it defeat him. Drafted into the NBA in 1958, when quotas limited the number of black players, he was the only African-American on the Cincinnati Royals, and later became the NBA’s first black general manager. He thinks that the NBA’s punishment of Los Angeles Clippers owner Donald Sterling is appropriate, and sends a powerful statement: « Such ignorance cannot and will not be tolerated. » (AP Photo/File)

La première de ces bonnes décisions fut de réussir à faire venir à Cleveland une légende du coaching : Lenny Wilkens. Parmi les trois seuls joueurs à être entré au Hall of Fame en tant que joueur et en tant qu’entraîneur, Wilkens était déjà passé à Cleveland à la fin de sa carrière sportive et arrive à Cleveland fort de déjà 13 saisons de coaching dont deux conclues par une participation aux NBA Finals avec les Seattle Supersonics pour un titre acquis en 1979. Pendant 7 saisons, Wilkens va redresser les Cavaliers et en faire une place forte de la conférence Est, réussissant à toujours trouver un équilibre dans un effectif complet. 

Mark Price (à gauche) et Lenny Wilkens (à droite)

De plus, comme si plusieurs bonnes nouvelles ne suffisaient pas, le nouveau coach allait pouvoir compter sur John “Hot Rod” Williams, un intérieur de 2m10 qui avait vu son début de carrière retardée à cause d’ennuis judiciaires sur fond de matchs truquées. Acquitté par un jury dans cette affaire de corruption remontant à ses années universitaires et qui aurait pu le faire condamner à 17 ans de prison, Hot Rod rejoint donc une équipe qui compte dans ses rangs 4 rookies destinés à bientôt dominer la NBA. 

 

La montée en puissance (1986-1990) 

Fort de leurs rookies, les Cavs deviennent une des équipes en vogue au sein de la ligue. Portés par un trio de débutants impressionnants composé de Harper, Daugherty et Hot Rod Williams (tous les trois dans la NBA All-Rookie Team), les Cavs ne remportent pourtant que 31 matchs. En scorant plus de 50 points à eux trois, ils montrent néanmoins qu’il faudra compter sur eux dans les années à venir mais le manque de qualités offensives de l’effectif couplé à un déficit cruel d’expérience est rédhibitoire pour une première saison. En effet, sans vrai meneur de qualité (John Bagley et ses 5.2 passes de moyenne sont les meilleurs passeurs de l’équipe) et avec un Mark Price à 6 points pour 33% derrière l’arc comme meilleure gâchette, Cleveland ne marque que 104 points par matchs pour un offensive rating (nombre de points pour 100 possessions) de 102, l’avant dernier de la ligue. 

Le décollage des Cavs a lieu l’année suivante. Alors que l’effectif des Cavs prend forme et que l’alchimie se développe gentiment avec l’intégration de nouveaux rookies comme Kevin Johnson ou Chris Dudley, le General Manager n’hésite pas à secouer la ligue en 1988 pour réaliser un trade risqué qui se révélera pourtant profitable aux deux équipes impliquées : 

En effet, Embry va envoyer Kevin Johnson, Mark West, Tyrone Corbin, le 1er tour de draft 1988 des Cavs et 2 seconds tours de draft aux Phoenix Suns en échange de Mike Sanders, du 1er tour de draft 88 des Pistons et surtout de Larry Nance. All-Star en 1985, le bondissant ailier-fort des Suns est un joueur complet et expérimenté qui va permettre aux Cavs de confirmer leur place parmi les meilleures défenses de la ligue.

Du côté des Suns, Kevin “KJ” Johnson deviendra une légende de la franchise et le tour de draft des Cavs sera utilisé pour sélectionner Dan Majerle, un des hommes de base des Suns finalistes en 1993. C’est ce qu’on appelle un trade gagnant-gagnant.

Pourtant, ce trade impacte négativement les Cavs qui vont perdre 12 des 15 matchs qui suivirent avant de redresser la barre pour se qualifier pour les playoffs face à un homme que nous qualifierons de “relou” : Michael Jordan. Les taureaux sont sans pitié avec des Cavs trop tendres mais personne n’est inquiet, le futur est brillant dans l’Ohio. Brad Daugherty vient d’être convoqué au All-Star pour sa deuxième saison dans la ligue car il a pris de l’importance au sein du système de jeu et posé des stats plus qu’honnêtes avec 18.7 points, 8.4 rebonds et 4.2 assists de moyenne, et il est dorénavant entouré par un des ailiers-forts les plus sous-cotés des années 80/90. 

Battus au terme d’une série extrêmement serrée allant jusqu’au match 5 (le vainqueur du 1er tour se décidait au meilleur des 5 matchs à l’époque) par les Bulls, les Cavs reviennent plus fort en 1989. L’équipe établie par Embry et Wilkens est une machine parfaitement huilée au sein de laquelle chaque joueur a un rôle bien précis : Mark Price et Brad Daugherty sont les stars de l’équipe et se chargent de la création offensive, Ron Harper et Craig Ehlo sont des pitbulls de luxe travaillant les meilleurs extérieurs ennemis tandis que Larry Nance fait tout pour nuire aux intérieurs adverses. Hot Rod Williams sort du banc pour dynamiser l’équipe et Phil Hubbard coupe les oranges car il est nul. 

La défense est une nouvelle fois parmi les meilleures de la ligue (100 de Defensive Rating) tandis que l’attaque tourne enfin dans des hauteurs moyennes pour la NBA (12ème sur 25). Dans le sillage d’un Daugherty de nouveau All-Star (près de 19 points, 9 rebonds et 4 passes de moyenne) et d’un Mark Price invité pour la 1ère fois de sa carrière au match des étoiles et réalisant l’une des rares saisons de l’histoire en 50/40/90 (ce qui lui vaudra l’honneur d’être sélectionné dans la All-NBA Third Team), Cleveland est une équipe redoutable qui va tout broyer en saison régulière.

En gagnant 57 matchs et en plaçant trois joueurs au All-Star Game 89 (avec Larry Nance qui sera également élu dans la All-Defense First Team), les Cavs avalent la saison régulière comme des morts-de-faim pour finir 2ème de conférence derrière les Pistons. D’ailleurs, il n’y a pas qu’à Jordan que les Pistons ont fait gouté leur état d’esprit plus qu’à la limite, demandez à Brad Daugherty qui aura eu la bonne idée de pousser Laimbeer au rebond. 

Toujours est-il que les Cavaliers s’avancent confiants face à des Bulls tout juste 7ème de régulière et auxquels ils ont infligé 6 lourdes défaites lors de la saison régulière pour un sweep retentissant. Et pourtant… 

La série est extrêmement disputée, les défenses sont de sorties et aucun des 5 matchs ne se terminera avec plus de 8 points d’écarts. Le Game 1 est remporté par Chicago à Cleveland sur le score de 95-88 avant que les Cavs n’égalisent à 1-1 dans le sillage d’un énorme Ron Harper (31 points). Dans l’Illinois, les matchs deviennent encore plus serrés. Chicago reprend l’avantage en remportant le Game 3 101 à 94 grâce à 44 points de Michael Jordan. Le 23 des Bulls sera encore inarrêtable au Game 4 mais ses 50 (!) points ne suffiront pas face à des Cavaliers solides qui iront s’imposer 108-105 à Chicago au terme d’un match exceptionnel au cours duquel les Cavs seront aller chercher la prolongation grâce à Daugherty. 

Le match 5 se déroulera dans un Richfield Coliseum chauffé à blanc. Michael Jordan plantera encore 44 points pour pallier le mauvais match offensif de Scottie Pippen. Côté Cavs, Ron Harper (23 points), Price (22 points) et Craig Ehlo (24 points) répondent présents mais le mauvais match de Brad Daugherty (8 points, 11 rebonds, 6 passes mais un Offensive rating abyssal de 93) sera un handicap trop lourd pour des Cavs comptant sur leur pivot.

Dans un scénario hitckockien gravé à jamais dans les livres d’or de la NBA, Michael Jordan rentre un tir à mi-distance compliqué sur la droite du panier pour donner un petit point d’avance aux Cavs. Sur la remise en jeu, les Cavs réaliseront une action superbe de simplicité en envoyant Craig Ehlo (15 points dans le dernier quart-temps) au lay-up suite à une magnifique passe main-main. Il reste 3 secondes à jouer et sur la remise en jeu, pourtant défendu par deux joueurs, Michael Jordan signe l’un des tirs les plus iconiques de l’histoire. D’un pull-up au hang time légendaire à un mètre de la ligne des lancers, il climatise la salle et arrache le cœur d’un Ehlo incrédule, les fesses sur le sol du Coliseum. La balle rentre dans le cercle (dédicace à Fianso) alors que le buzzer retentit, Michael Jordan exulte et gratifie les fans de l’Ohio d’une célébration si rageuse et joyeuse qu’elle est automatiquement passée à la postérité. 

La déception est sévère pour les Cavs. Mais pourtant l’avenir semble radieux pour cette bande de jeunes joueurs qui sortent alors de la saison régulière la plus victorieuse de l’histoire de la franchise (jusqu’aux 66 victoires de la bande à LeBron en 2009). Sur cette saison 88/89, les Cavs auront réussi la performance de placer trois joueurs au All-Star Game pour la première fois de leur histoire, un dans la All-NBA Third Team et un autre dans le meilleur cinq défensif de la ligue. Magic Johnson lui-même voyait de la grandeur dans cette équipe. Il prédisait que les Cavs seraient la Franchise des années 90. Si talentueuse, si forte collectivement et si bien coachée que les Cavs étaient prédestinés à réussir.  

Pourtant, les deux saisons qui suivirent furent loin des standards auxquels elles étaient attendues.

 

Les premières alertes physiques (1990-1991)

Alors que la saison démarre par quatre lourdes défaites, Wayne Embry décide de trader Ron Harper après 7 petits matchs et de l’envoyer aux Los Angeles Clippers. A l’époque, ce trade peut sembler incongru d’un point de vue sportif (c’est parce qu’il l’est) et avec le recul, il est probablement l’un des pires de l’histoire de la franchise. En effet, sur ce début de saison 1989/1990, Ron Harper tourne à 22 points, 7 rebonds et 7 passes de moyenne et il est un élément clé de Cavs qui se voient encore jouer les premiers rôles au sein de la ligue. Star du système de Lenny Wilkens, il enchaîne les performances flamboyantes : 40 points ici, 16 rebonds là, 10 interceptions par là-bas… 

Pourtant, un évènement extra-sportif va ruiner la belle histoire de Harper et de la franchise de l’Ohio. Au début de cette saison, Wayne Embry va être alerté par Horace Balmer, le vice-président de la NBA en charge des questions de sécurité que Ron Harper a été vu en train de socialiser avec des personnes suspectées d’être des trafiquants de drogue. Balmer informe Embry que les amis de Harper sont activement surveillés par les forces de l’ordre et que la DEA (l’organisme de répression des drogues) souhaite interroger Harper afin d’obtenir de plus amples renseignements sur un de ses amis.  

En discutant avec le principal intéressé, Embry et Wilkens sont convaincu de l’innocence de leur joueur. Pourtant, si des arrestations devaient subvenir et qu’une des stars du roster des Cavs se trouvait impliqué dans une affaire de trafic de drogues, l’image de la franchise serait sérieusement écornée. Les deux têtes pensantes de la franchise demandèrent alors à Harper de prendre ses distances avec ses relations peu fréquentables dans l’espoir que cela calme les choses. Malheureusement, quelques semaines plus tard, Balmer informa que Harper risquait d’être entendu devant un grand jury, non pas pour un éventuel crime, mais pour ceux de ses amis. 

Le front office des Cavs se divisa rapidement en deux. D’un côté, le GM Embry était de plus en plus convaincu de la nécessité de trader Harper afin de ne prendre aucun risque médiatiquement et de préserver l’image d’une franchise saine qu’elle avait mis des années à récupérer. De l’autre, Lenny Wilkens souhaitait garder son joueur, jeune star de son effectif promis au All-Star Game 1990 et tête d’affiche de ces Cavs amenaient à régner sur la ligue un jour ou l’autre. la décision revient au propriétaire Gordon Gund qui aurait déclaré « I want that Son of a B**** OUT » mettant ainsi fin à l’aventure de Harper aux Cavs.

« I WANT THAT SON OF A B**** OUT » Sans le savoir, Gordon Gund vient de plomber les Cavaliers

Quelques jours après, Wayne Embry monta un trade désastreux avec les Clippers, envoyant Harper, deux futurs premiers tours de draft à Los Angeles en échange de Danny Ferry et Reggie Williams. A l’époque du trade, Danny Ferry jouait en Italie car il avait refusé de rejoindre les Clippers qui l’avaient pourtant sélectionné en 2ème position de la dernière draft. A l’époque, la contrepartie est intrigante, Ferry sort de plusieurs saisons universitaires réussies sous le maillot de Duke (dont sa dernière en quasiment 23 points, 7 rebonds et 5 passes), équipe avec laquelle il a enchaîné les récompenses individuelles en NCAA, et d’une saison très prometteuse en Italie où il tournait en 23 points et 6 rebonds pour conduire son équipe en playoffs de Série A. 

Pourtant, Danny Ferry ne réalisera pas la carrière attendue. Systématiquement décevant sous le maillot des Cavs, il restera pourtant 10 ans dans l’Ohio à la faveur d’un contrat énorme offert par Embry, certain d’avoir déniché une pépite (contrat de 10 ans pour 34 millions de dollars). Ce trade se révélera donc dévastateur pour les chances futures de titre des Cavs, en entamant la marge salariale de la franchise de l’Ohio et en les privant du talent immense de Ron Harper qui finira par être 5 fois champion NBA. 

Avec le recul, ce dernier expliquera que s’il était resté aux Cavs, Cleveland aurait fini par soulever le trophée Larry O’Brien. On ne peut réécrire l’histoire, mais il existe des hypothèses plus insensées que celle-ci… 

Néanmoins, la saison 1989/1990 est toujours placée sous le signe de l’optimisme avec le retour imminent de blessure de Daugherty. Danny Ferry doit finir sa saison en Italie avant de rejoindre Cleveland et seul Reggie Williams arrive aux Cavs… Avant d’en dégager aussitôt en étant coupé, ce dernier finira par s’envoler à l’autre bout du pays, loin dans le Texas de San Antonio avant de passer des jours heureux dans le Colorado sous le maillot des Nuggets. 

Malheureusement, après une opération au pied afin de résoudre des problèmes de nerfs douloureux, Daugherty mit du temps à revenir et enchaîna les pépins physiques durant toute la saison. Résultat : seulement 41 petits matchs joués et une absence du All-Star Game. Ces absences répétées combinées à celles de Larry Nance qui manquera 20 matchs sur la saison feront énormément de torts aux Cavs malgré l’arrivée dans le roster d’un Steve Kerr déjà incroyablement talentueux à 3 points (50.7% derrière l’arc avec 2 tentatives par matchs) et un Mark Price tournant en 19.6 points et 9.1 passes décisives par match. 

Cette saison difficile pour les Cavs connut son point d’orgue le 28 mars 1990. Ce soir-là, l’ennemi numéro 1 de tout l’Ohio était de passage dans Forrest City et le moins que l’on puisse dire, c’est que le bougre s’est fait remarquer. Avec 69 points (23/37), 18 rebonds et 6 passes, Jordan a battu ses records en carrière pour une nuit de légende, voyez plutôt :  

Pourtant, les Cavs finiront la saison sur une bonne note. En gagnant leurs six derniers matchs, ils arriveront à se qualifier pour les playoffs avant d’affronter les Sixers de Charles Barkley et de Hersey Hawkins. Avec un gros double-double de moyenne sur la saison régulière (25.2 points, 11.5 rebonds et 3.9 passes), Barkley vient de mener les 76ers à une saison de 53 victoires, faisant de Philadelphie l’une des équipes les plus à mêmes de faire de l’ombre aux Bulls et aux Pistons, places fortes de la Conférence Est. Pourtant, les Cavs vont vendre chèrement leur peau et conduire les Sixers jusque dans un Game 5 que ces derniers remporteront sans trembler. Les 25 points et 14 rebonds de moyenne (38/21 sur le 1er match de la série) de Barkley combinés aux 27 points de Hawkins seront trop forts pour Daugherty (23/10) et Mark Price (20/9) qui s’inclineront sur le parquet des Sixers. 

Durant l’été 1990, les Cavs sont confiants. Le pied de Daugherty est complètement remis, le corps de Nance semble prêt pour une nouvelle saison et c’est tout l’Ohio qui se prend à rêver d’un retour au premier plan des Cavs. De plus que Danny Ferry, tant attendu par les fans des Cavs est enfin arrivé à Cleveland. A l’époque, certains disaient que si les Spurs avaient attendu 2 ans pour enfin avoir David Robinson, les Cavs avaient bien fait d’attendre un an pour Ferry. Vous vous en doutez, vu son salaire, les fans ne tardèrent pas à rêver de renvoyer directement en Italie l’ancien joueur des Blue Devils. Mais le pauvre niveau de jeu de Ferry ne fut pas la seule calamité de cette saison 1990-91 car le sort et les blessures étaient amenés à s’acharner de nouveau sur Cleveland. 

Dès décembre 1990, après 16 petits matchs, Mark Price, All-Star et en train de réaliser une nouvelle excellente saison (16 points et 10 passes) se rompt le ligament croisé antérieur (ACL en VO). A l’époque, l’annonce de cette blessure sur le moral des Cavs est dévastatrice car, loin des techniques médicales modernes, la rupture des croisés est régulièrement synonyme de fin de carrière ou du moins, d’une sévère baisse de niveau. Pour ne rien arranger, le sixième homme des Cavs, Hot Rod Williams passe une saison ternie par une violente entorse du pied qui le conduira à manquer 39 matchs cette saison. Au final, seul l’inépuisable Craig Ehlo sera en mesure de jouer l’intégralité des 82 matchs d’une saison régulière qui se révélera être un désastre. 

Brad Daugherty sortira pourtant une nouvelle saison fournie statistiquement. Avec 21.6 points et 10.9 rebonds, il réalise la première saison en 20/10 de l’histoire des Cavs (il est aujourd’hui encore le seul Cavalier à avoir réalisé cette performance) mais ne parvient pas à porter un roster dont la stabilité est compromise par la multiplication des blessures et ce malgré sa troisième sélection au All-Star Game. 

Au final, Cleveland échouera à rejoindre les playoffs pour la première fois depuis 1987, finissant avec un bilan de 33 victoires pour 49 défaites. Récupérant le 11ème choix de la draft 1991, les Cavaliers vont mettre la main sur Terrrell Brandon, un jeune meneur censé prendre le relais de Mark Price que personne n’imagine retrouver son niveau d’avant-blessure.

 

L’une des meilleures équipes du monde (1992-1993) 

Au début de la saison 1991/92, les Cavs interrogent. Larry Nance a déjà 32 ans, Ehlo 30 ans et Mark Price, le chef d’orchestre de cette équipe se remet d’une rupture des croisés. Pourtant, les Cavs vont surprendre leur monde. Les deux dernières saisons ruinées par les blessures ont donné le temps à Lenny Wilkens de faire évoluer le style de jeu de l’équipe. D’une redoutable défense ancrée sur Nance et Daugherty, les Cavs vont se transformer en une redoutable machine offensive. 

Restant sur un jeu demi-terrain classique, les Cavs ne vont pas se signaler par leur vitesse de jeu, ils n’auront d’ailleurs que la 21ème pace de la ligue (nombre de possessions par match). Pourtant, ils vont réussir à développer une efficacité léthale sous l’impulsion de leurs habituelles stars. D’un Offensive Rating de 100 en 1987, les Cavs développent un Off Rating de 113.9 en 1992 ce qui les classe deuxième de la ligue, juste derrière les Bulls de Jordan. Sur cette saison, les Cavaliers sont la deuxième meilleure équipe de la ligue aux lancers francs (80.5% derrière les Celtics) et la troisième meilleure équipe à 3 points derrière les Suns et les Bucks (35.7%). Leur efficacité aux tirs ajustés (eFG%) est la cinquième de la NBA tout cela grâce à un jeu de passe parfaitement huilé avec 27 assists de moyennes par match, le 4ème meilleur total. 

Brad Daugherty réalise une seconde saison consécutive en 20/10, Mark Price surprend le monde entier en revenant aussi fort qu’avant sa rupture des croisés (17/7) et malgré son âge, Larry Nance est toujours aussi costaud dans la peinture.

En décembre 1991, les Cavaliers vont enchaîner 11 victoires consécutives et même humilier le Heat de Miami le 17 décembre 1991. Ce soir-là, le Miami de Glen Rice et Steve Smith va subir la plus lourde défaite de l’histoire de la NBA. Très vite dominé par Cleveland, le Heat va faire jouer ses remplaçants durant de longues minutes qui vont se transformer en pur enfer. Du côté de Cleveland, 8 joueurs finiront la partie avec minimum 10 points, profitant des 23 turnovers du Heat pour marquer 148 points (sans prolongations hein), n’en encaissant que 80. Au final, c’est un écart de 68 points, un record NBA qui tient toujours, preuve que cette équipe était réellement un rouleau compresseur.

Lancés par cette victoire, les Cavs sont de nouveau partis à la conquête de la NBA. Ils finirent la saison à la deuxième place de la conférence Est et de la ligue en général, loin derrière des Bulls intouchables avec 67 victoires et à égalité avec les Blazers de Clyde Drexler (57W/25L). Cette saison-là, les Cavs reçurent bon nombre de récompenses. Wayne Embry fut nommé Executive of the Year pour le travail accompli afin que les Cavaliers reviennent sur le devant de la scène. Larry Nance fut élu au sein de la All-Defensive Second Team tandis que Price et Daugherty furent nommés au All-Star Game et dans la All-NBA Third Team. 

Pour le grand pivot des Cavs, il s’agira de sa seule nomination au sein des All-NBA Team. Dans une époque à la concurrence rude (Ewing, Olajuwon, Kareem Abdul-Jabbar, Moses Malone, Shaquille O’Neal, David Robinson …) la concurrence était trop dense. Cependant, afin de se rendre compte du talent du bonhomme, il suffit d’écouter Michael Jordan en 1992 : « il est peut-être le meilleur pivot de la Ligue. Il n’a pas la réputation de Pat, Hakeem ou David mais il a les stats du meilleur pivot ».

Et sur cette saison 1991/92, il est difficile de contredire l’arrière des Bulls. Au sommet de son art, il va enfin montrer aux yeux du monde qu’il est un pivot ayant sa place aux côtés des plus grands. Entre décembre 91 et janvier 92, au cours d’une semaine chargée pour Cleveland, Daugherty va successivement dominer la crème de la crème des postes 5 de la Grande Ligue. Robinson, Ewing, Olajuwon, Parish, tous vont se retrouver impuissants face à l’amérindien. Sur ces quatre matchs, plus parfait échantillon du talent de Brad, il scorera une moyenne de 23 points, 10.2 rebonds et 61.7% aux tirs contre 16.8 points, 11.2 rebonds et 47.1% aux tirs pour ses quatre adversaires directs.

« C’est l’un des trois meilleurs joueurs du monde cette année » Pete Newell

Pour Lenny Wilkens, Daugherty est le meilleur pivot du monde cette saison-là, il est au sommet de son art et permet aux Cavaliers de suivre la cadence effrénée de Bulls en quête d’un back-to-back. Mais il y a plus probant que l’avis de son coach et de son ancien coéquipier pour étayer le niveau atteint par le timide pivot.

Décédé en 2008, Pete Newell est aujourd’hui considéré comme l’une des personnes les plus influentes de l’histoire du basketball. Coach universitaire renommé, il remportera le trophée NCAA en 1959 avec l’Université de California – Berkeley avant de conduire la sélection américaine au titre olympique de 1960. Admit par la suite au Naismith Basket-ball Hall of Fame, au College Basket-Ball Hall of Fame et au FIBA Hall of Fame (ça va, c’est pas ignoble comme palmarès), il fut contraint d’arrêter de coacher pour des raisons de santé liées au stress. Il créa alors un camp d’entraînement très renommé à destination des intérieurs de la NBA, le « Big Man Camp ». Durant près de 25 ans, ce camp d’entraînement reçu la visite des meilleurs intérieurs de l’histoire du basket. Qu’il s’agisse de O’Neal, Olajuwon, Ewing, Bill Walton ou d’autres, tous ont tenté de s’approcher de lui afin de recevoir ses conseils et ses enseignements. Surnommé par certains le « Footwork Master » et considéré comme le « gourou du basket américain », Newell aura toujours tenu à rendre ses services et ses précieux conseils gratuitement car il estimait qu’il le devait au jeu, ce jeu qui lui avait tant donné. 

Pete Newell du temps où il était encore coach de l’Université California – Berkeley

Newell était l’une des rares personnalités du monde du basket dont l’avis était unanimement respecté. En 1992, il déclara à propos de Daugherty : « Brad a amélioré son jeu poste bas. C’est tout ce qui lui manquait. Il est devenu père de famille, il est plus mature. Aujourd’hui, il est capable de se concentrer sur sa profession. Il ne fait pas encore partie du groupe d’élite mais au terme de cette saison, les experts devront revoir leurs classements. C’est l’un des trois meilleurs joueurs du monde. » Voilà qui vous place un bonhomme. 

Les playoffs 1992, si près, si loin…

En cette année 92, à l’approche des playoffs, les Cavs sont possiblement la deuxième meilleure équipe de la NBA, ils ont égalé le record de franchise de 57 victoires, leur raquette est solide des deux côtés du terrain, leur meneur est un des meilleurs shooteurs de l’histoire et le Richfield Coliseum est une forteresse difficile à prendre avec un bilan de 35W pour 6L à domicile. 

Le premier tour des playoffs est une formalité face aux New Jersey Nets. Lors du premier match face à l’équipe de Drazen Petrovic, Daugherty va se livrer à un immense duel au scoring face au Mozart du basket. Il finira avec 40 points, 16 rebonds et 9 passes, bien épaulé par un Mark Price à 35 points. Vous pouvez retrouver l’intégralité de cette performance ici : 

Toujours est-il que l’indien ne va pas s’arrêter là. Face à la paire d’intérieurs Derrick Coleman / Sam Bowie (mais si vous savez, le grand pivot que les Blazers ont eu la bonne idée de sélectionner avant Michael Jordan), il va poser une nouvelle grosse performance au Game 2 avec 29 points avant de voir Nance sortir 28 points au Game 3. Il faudra attendre le Game 4 pour voir les Cavaliers éliminer les Nets sur le score de 98/89 dans le sillage d’intérieurs en mode bulldozers (19/14 pour Brad et 16/13 pour Nance). 

Au second tour, les Cavaliers retrouvèrent les Celtics de Boston emmenés par un vieillissant (mais toujours aussi doué) Larry Bird et la nouvelle star des Celtics Reggie Lewis. Avant l’arrivée de LeBron James dans la ligue et ses multiples et épiques affrontements avec les Celtics, les Cavs avaient déjà croisé le fer avec les hommes en vert. Ces derniers avaient brisé les rêves de titres des Cavaliers lors des finales de conférence 1976, date de la première grande épopée des Cavs avant d’aller gagner les finales face aux Suns. Toujours est-il que cette fois les Cavaliers sont favoris face aux légendes du Massachussetts. Bird a 35 ans, McHale 34 et Parish 38 et sont tous au crépuscule de leur carrière (hormis Parish qui continuera à jouer jusqu’à ses 800 ans). 

Le premier match est une formalité pour Cleveland. Brad Daugherty donne une leçon à Parish en scorant 26 points et en prenant 17 rebonds. Mais les Celtes vont créer la surprise en venant s’imposer au Coliseum dans la lignée d’un Parish revanchard, scorant 27 points à 13/18 aux tirs, limitant son adversaire direct à 22 points à 7/15. Les Celtics vont confirmer leur avantage lors du Game 3 remporté sur le score de 110-107 sur leur parquet dans la lignée d’un Reggie Lewis monstrueux avec 36 points.

Menés 2-1 avec un match à jouer à l’extérieur, les Cavs sont d’ores et déjà dos au mur dans cette série. Le match 4 sera irrespirable. Diminué physiquement, Larry Bird sortira du banc pour un impact minime, laissant à Reggie Lewis le soin de mener encore une fois l’attaque des C’s. L’ancien d’Indiana State fera encore les choses bien avec 42 points, 3 rebonds, 6 passes et 5 interceptions, bien épaulé par le traditionnel 6ème homme Kevin McHale toujours aussi tueur au poste bas. Malheureusement pour eux, le Big 4 des Cavs répond présent. Larry Nance marque 32 points (à 13/16 au shoot), bien accompagné par Daugherty (20/8 malgré des problèmes de fautes) et Mark Price en 26 points et 12 passes. Dos à dos à 103 partout à la fin des 48 premières minutes, les Cavs s’en sortiront en prolongations grâce à la finesse des systèmes de Lenny Wilkens et au talent de ses joueurs. Pour découvrir ce match splendide et admirer le regretté Reggie Lewis, c’est ici : 

De retour au Richfield Coliseum pour le match 5, les Cavs ne se tromperont pas. Brad Daugherty conduira ses troupes avec 28 points (13/16) et 9 rebonds, épaulé cette fois par l’inattendu Craig Ehlo (20 points et 13 passes). La victoire est nette et sans bavure (114-98) et tout le monde se tourne vers Boston pour un match qui peut rentrer dans la légende.

En effet, au bord du précipice, les Celtics peuvent dire définitivement adieu à une des ères les plus glorieuses de l’histoire du basket. Larry Bird, 3x MVP, 3x champion NBA, 12x All-Star est à la fin de son immense et magnifique carrière, en cas de défaite ce match sera à coup sûr le dernier qu’il jouera devant le public de Boston. 

Mais les Celtics ne s’avoueront pas vaincu et domineront de bout en bout les Cavaliers qui réalisent un non-match total à l’exception de Hot Rod Williams (18/11). Nance et Daugherty cumulent 18 points à 5/17 tandis que Price ne fait qu’un pauvre 14 points/5 passes. Le Boston Garden célèbre Larry Bird comme il se doit, rugissant de la première à la dernière seconde du match. 

Tout se jouera donc à Cleveland pour un game 7 qui sent les larmes d’un côté ou de l’autre. Le scénario est alors l’exact inverse du match précédent. Dès le 1er quart-temps, Cleveland prend 14 points d’avance et dominera Boston sans trembler grâce à une démonstration collective impressionnante. Brad Daugherty assume une nouvelle fois son statut en terminant meilleur scoreur du match (28 points, 9 rebonds, 6 passes, 3 contres), bien aidé par Nance (15/9/8), Price (15 points, 8 passes) et Williams (20/8). Au final, tous le cinq majeur des Cavs scorent plus de 12 points et l’équipe dans son ensemble réalise 41 assists pour gagner facilement 122-104. 

Ce match signe le clap de fin de l’époque dorée des Celtics et le dernier match de Larry Bird sur un parquet NBA. Quelques semaines plus tard, il s’envolera avec la Dream Team sous le soleil de Barcelone pour conquérir le titre olympique et le cœur du monde entier.  Pour revoir son dernier match en carrière et la démonstration collective des Cavaliers : 

Une fois passé l’obstacle vert, les Cavaliers devaient une nouvelle fois faire face à leurs pires ennemis : les Bulls de Jordan. Ces derniers sortaient également d’un affrontement titanesque face aux Knicks de Patrick Ewing après avoir sèchement sweepé le Miami Heat au 1er tour. Contrairement au 1er tour des playoffs 1989, aucun match de cette série ne se démarqua par son suspens ou des faits de jeu. Les équipes se rendirent coup pour coup durant les 4 premiers matchs de la série. En gagnant le Game 5 à Chicago, les Bulls sentirent l’odeur du sang et ne se firent pas prier pour saisir leur chance. 

Le Game 6 est terriblement serré, il y a 72-72 à la fin du 3ème quart-temps mais les Cavs sont en difficulté en attaque. Comme sur toute la série, Mark Price peine à distribuer le jeu, il finira d’ailleurs la série avec seulement 5.3 passes de moyenne, un total très faible à la vue de sa saison. Les Cavs se reposent alors sur la qualité de leur jeu collectif et l’équipe va totaliser 31 passes décisives sur l’ensemble du match soit 14 de plus (!!!) que les Bulls. Mais le match ne se jouera à rien, à un pourcentage aux lancers francs plus importants, à 4 petits lancers francs de plus. 

Car malheureusement, la NBA a toujours été et restera toujours une ligue dominée par des joueurs hors du commun. Le collectif des Cavs est solide, l’un des meilleurs de la ligue depuis plusieurs saisons et il compte quelques très bons joueurs, plusieurs All-Stars mais il ne pourra rien face au talent des deux monstres dans l’équipe d’en face. Les Cavaliers étaient sans doute la plus belle équipe sur le terrain lors de ces finales de conférence, le meilleur collectif, le plus soudé, celui au QI basket le plus élevé, mais les Bulls de 92 sont portés par deux joueurs d’exceptions. 

Malgré son manque de réussite aux tirs (10/27), Michael Jordan plantera 29 points avec 8 rebonds et 8 passes, pendant que Scottie Pippen sera à deux doigts de réaliser un 5×5. Si les Bulls sont sortis vainqueurs de ce duel titanesque, c’est sans doute plus grâce à l’éternel lieutenant, avec une ligne de stats (on est plus proche du code barre que de la ligne de stats) monumentale vu le contexte : 29 points, 12 rebonds, 5 passes, 4 interceptions et 4 contres. 

Pourtant, Mark Price aura fait rêver l’Ohio. Avec 3 points de retards, il part en contre-attaque suite à un rebond défensif de Brad Daugherty. Ehlo se démarque vers le corner gauche mais, plein de sang-froid, Price réalise une Stephen Curry avant l’heure. Face à Jordan, il s’arrête net au-delà de la ligne à 3 points pour un pull-up jumper plein de sang-froid synonyme d’égalisation. Malheureusement, un Jordan épuisé réussira un and-one magnifique avec la planche en plein trafic pour redonner 3 points d’avance aux Bulls. Les Cavaliers ne reviendront pas et les Bulls iront remporter un back-to-back face aux Blazers de Clyde Drexler. 

Un supporter aura beau brandir une pancarte « Thanks for the season », synonyme de la gratitude des fans de l’Ohio envers cette splendide équipe mais rien n’effacera la douleur de cette défaite, dans un match où les Cavs avaient prouvé leur talent, leur hargne et le fait qu’ils étaient digne de prétendre au titre NBA. On pourra toujours se demander ce qu’il se serait passé si Ron Harper avait été là pour épauler Mark Price en panne à la création, l’histoire aurait été bien différente. Mais réécrire l’histoire est impossible est inutile car ce sont bien les Bulls qui ont gagné leur ticket pour l’éternité ce soir-là, laissant Cleveland à ses regrets et sa peine. 

Mais l’histoire est loin d’être fini à Cleveland. Cette équipe est encore jeune, si certains cadres approchent de la trentaine ou l’ont dépassé, Price et Daugherty n’ont que 27 et 26 ans et encore 7-8 saisons de basket dans les jambes. C’est ainsi que Wayne Embry et Lenny Wilkens reparte avec la même équipe lors de la saison 92/93. Après avoir atteint les finales de conférence au printemps 92, un seul objectif est dans les têtes des joueurs et des fans de l’Ohio : enfin faire tomber les Bulls et goûter pour la première fois aux Finales NBA. 

La saison 1993, excellence, régularité et taureaux

Cet été, la Dream Team part pour Barcelone afin de venger l’affront fait aux États-Unis par l’équipe soviétique quatre ans auparavant. Si aucun joueur des Cavs ne connaît l’honneur de participer à cette épopée légendaire, Lenny Wilkens fait partie du coaching staff qui conduira la Sélection à la bannière étoilée jusqu’au titre suprême du basket FIBA. 

L’effectif bouge peu au cours de l’été, si Steve Kerr est tradé à Orlando, Embry fait venir l’ancien New-yorkais Gerald Wilkins dont le rôle s’est trouvé sensiblement diminué des arrivées successives de John Starks et Xavier McDaniel aux Knicks. Frère de Dominique Wilkins, Gerald Wilkins est attendu de pied ferme par les fans des Cavs qui voient en lui le « Jordan Stopper » capable de freiner le numéro 23. Si vous êtes familier des tentatives des Raptors de trouver leur « LeBron Stopper » alors vous savez déjà comment cette histoire finit. 


Toujours est-il qu’avec Wilkins venu renforcer le banc, les Cavs repartent sur les mêmes bases que la saison passée en régulière. Si les bookmakers prévoient une saison à 58 victoires, les Cavs n’en gagnent pourtant « que » 54 dans le sillage d’un Brad Daugherty qui réalise sa troisième saison consécutive en 20/10 et est sélectionné pour la quatrième fois de sa carrière au match des étoiles. A ses côtés, toujours en charge de l’attaque des Cavaliers se trouve Price qui, avec 18 points et 8 passes de moyenne, sera nommé pour la seule et unique fois de sa carrière au sein de la All-NBA First-Team après avoir vécu sa troisième sélection au All-Star Game, consolidant sa place au sein des meilleurs guards des années 1990. Comme l’année passée, Larry Nance, désormais âgé de 33 ans se retrouve dans la All-Defensive Second Team. 

A la fin de la saison, les Cavs sont une des équipes à abattre. Avec le troisième offensive rating et le sixième defensive rating, ils finissent troisième de la Conférence Est derrière les inévitables Bulls et les Knicks à la défense de fer (99.7 de Defensive Rating) de Pat Riley. 

Le premier tour est un remake de la saison passée avec un affrontement face aux Nets de Drazen Petrovic. Le premier match est facilement remporté à domicile par les Cavs, avant que les Nets ne s’imposent avec deux petits points d’avances derrière un Derrick Coleman meilleur marqueur et rebondeur du match (27/14) après avoir joué les 48 minutes du match (!!!). Larry Nance conduit les Cavaliers à remporter le Game 3 mais les Nets remportent largement le Game 4. Tout devait donc se jouer dans un Game 5 sur le parquet du Richfield Coliseum. 

Pourtant élu dans la All-NBA Third Team, Drazen Petrovic n’arrive pas à s’exprimer librement à cause d’une blessure contracté à la mi-mars. Il traverse ce premier tour comme un fantôme et n’arrivera pas à aider un monstrueux Derrick Coleman qui finira ce 1er tour avec des moyennes hallucinantes de 26.8 points, 13.4 rebonds et 4.6 passes, faisant vivre un véritable enfer à Larry Nance. Mais le manque de présence de Drazen est un poids impossible à surmonter pour les Nets dans ce Game 5 qu’ils perdront 99-89, la faute à Brad Daugherty taille patron avec 24 points, 20 rebonds et 8 passes. 

Plus que pour la victoire de Cleveland ou le duel entre Coleman et le Big Dukie, ce match restera dans les mémoires car il s’est avéré être le dernier match en NBA de Petrovic, le génie croate se tuant sur une autoroute allemande en rentrant avec sa copine de l’aéroport de Munich où il était venu la chercher. Mais au lendemain du premier tour des playoffs 1993, Petrovic est encore de ce monde et le futur s’annonce glorieux pour lui et cette équipe des Nets.

Pour Cleveland, le futur ce sont les demies finales de Conférence face à des adversaires loin d’être inconnus. L’histoire des Cavs est l’histoire d’une équipe en perpétuelle lutte pour exister dans la jungle que représente la NBA et dans cette jungle, les Cavs ont toujours été aux prises avec les mêmes animaux. Avant les Pistons et les Celtics des années 2000, avant les Warriors des années 2010, le chemin des Cavs passait obligatoirement par les Bulls de Jordan, et l’année 1993 ne devait pas échapper à cette règle. 

Pour la cinquième fois en six saisons, la plus grande star de l’histoire de la NBA se dressait entre les Cavaliers et le rêve de toute une ville. Et comme souvent, l’obstacle fut trop important. Pourtant cette année-là, Michael Jordan ne fut pas élu MVP de la ligue, la faute à un Charles Barkley ayant conduit les Phoenix Suns au meilleur bilan (62-20) de leur histoire. Les Bulls ne sont même que deuxième de conférence derrière les Knicks de Patrick Ewing. Mais parfois, toutes les sources d’espoir ne suffisent pas. Jordan représente un problème insoluble pour toute la NBA et les Cavaliers, aussi talentueux soient-ils, n’y peuvent rien.

Pourtant, le 1er match de la série était encourageant. Derrière un trio Daugherty/Nance/Price toujours solide, les Cavs tiennent le bon bout face à un Jordan que Craig Ehlo n’arrive toujours pas à ralentir (43 points à 16/30). Mais collectivement, les Cavs tiennent bien le choc et à l’entame du dernier quart-temps, ils respirent dans la nuque des taureaux de l’Illinois et ne comptent d’un petit point de retard. Mais comme souvent l’histoire tourna à la faveur des Bulls, les Cavaliers ne parvenant pas à survivre au déficit d’adresse de Nance et Ehlo (8/24 à eux deux) et au manque d’impact en sortie de banc de « Hot Rod », limité à petits points. Néanmoins, pour la beauté des statistiques avancées on notera le 204 d’Offensive Rating de Mike Sanders en 16 petites minutes. 

Le match 2 fut une défaite plus lourde et moins glorieuse. Avec un Craig Ehlo toujours éteint et un duo Daugherty/Wilkins en grande grande difficulté (-84 de Net Rating pour Wilkins en 30 minutes de jeu mais encore très loin du -105 d’un Terrell Brandon blessé), les Cavs furent dominés de bout en bout, perdants tous les quart-temps à l’exception du dernier pour finir à -19 : 104-85 pour les Bulls et une bonne odeur de déjà-vu avec une élimination se rapprochant chaque match un peu plus. 

Mais les Cavs sont une équipe pleine de ressources. Pas démoralisés par les deux défaites initiales dans l’état voisin, les Cavs se ramènent revanchards au Richfield Coliseum. Ehlo est motivé comme jamais, il déclarera à la presse qu’il avait eu du mal à regarder le Game 2 : « c’était gerbant de revoir le match, notre manque d’efforts… On n’était pas là ». 

Les Cavs ont bien l’intention de répondre présent lors d’un Game 3 déjà décisif. L’objectif est clair : prendre un match pour entretenir l’espoir de pouvoir faire chuter les doubles tenants du titre. Pour l’occasion, Lenny Wilkens choisit de modifier son 5 de départ. Exit Mike Sanders, pourtant loin d’être ridicule sur les ailes et intégration de Gérald Wilkins dans l’équipe titulaire. L’objectif est clair : limiter au maximum l’impact de Jordan qui ne s’est pas entraîner le jour de la rencontre à cause d’une petite blessure au poignet droit. 

« Les Bulls étaient juste meilleurs » The Plain Dealer

Malheureusement, si les Cavs font jeu égal avec les Bulls au cours des trois premiers quart-temps, ils finiront une nouvelle fois par craquer dans la dernière remise. L’intégration de Wilkins était une bonne idée mais la personne a remplacer était la mauvaise tant Ehlo propose une série catastrophique. Encore une fois défaillant au shoot, il est incapable de limiter Jordan ou Pippen qui scorent 60 points à eux deux. Mark Price, pourtant si brillant au cours de la saison régulière est une nouvelle fois décevant sur ces playoffs et il joue un match indigne de son statut en ayant presque autant de pertes de balles (5) que d’assists (6). 

Brad Daugherty et Larry Nance sont pourtant excellents tout au long de la partie. Daugherty (16/11/6) fait jouer son sens du jeu pour faciliter l’attaque de Cleveland en difficulté face à le redoutable défense des Bulls. Nance est proche de la perfection des deux côtés du terrain et, même s’il a un mal fou à contenir les pénétrations de Jordan (ne lui en tenons pas rigueur, ce n’est pas le seul à avoir eu du mal durant cette période), il étouffe Horace Grant pourtant très bon au match précédent. Mais la vraie faillite dans ce match, c’est le physique des Cavaliers, totalement épuisés alors que le banc en entier ne joue que 36 minutes. Blessé et malgré des signes encourageants ayant fait croire à tout le monde qu’il pourrait tenir sa place, Brandon ne voit pas le parquet, poussant Price à jouer 45 minutes et à finir le match sur les rotules. Hot Rod ne parvient pas à retrouver son niveau des saisons précédentes. Au forceps, comme souvent, Chicago s’en sort encore, pour six petits points. Avec cette défaite 96-90 sur son parquet, Cleveland est condamné.

Ce match, oublié dans les grands livres d’histoire est pourtant une nouvelle preuve de la formidable détermination et du talent sans limite de Jordan. Blessé au poignet droit, chacun de ses tirs lui fait souffrir le martyr, comme pour lui rappeler qu’il n’est qu’un humain comme les autres. Il déclarera après le match qu’il avait souffert durant toute la partie. Mais plus fort que la douleur, il réussit tout de même à planter 32 points avec 6 rebonds et 5 passes. 

Comme le titrera le Plain Dealer le lendemain de la défaite : Ce soir-là, « les Bulls ont montré qu’ils étaient juste meilleurs ». 

Deux jours plus tard, le 17 mai 1993, les Cavaliers affrontent une nouvelle fois les Bulls. L’ambition est différente ce soir-là. L’objectif est d’éviter l’humiliation du sweep et d’entretenir le mince espoir de remontée. Terrell Brandon est de nouveau prêt à épauler Mark Price et, si les critiques se font dures contre les Cavs et leur coach Lenny Wilkens dont le licenciement est annoncé par la presse, le groupe est soudé et uni derrière son entraîneur. 

Et comme d’habitude, le match sera serré et défensif. Mais dans ce match, c’est bien Cleveland qui mène la danse. Brad Daugherty est partout et sécurise les rebonds (25/13), bien épaulé par Wilkins et Nance qui ont fort à faire pour limiter un Jordan de plus en plus complet et un Horace Grant toujours costaud. A l’entrée du dernier quart-temps, Cleveland possède 9 longueurs d’avance sur les Bulls (82-73) et tout semble possible. 

Mais vous connaissez la chanson. Les histoires de Cleveland finissent mal en général.

Conduit par un Jordan avec 31 points et 9 rebonds, les Bulls grignotent petit à petit leur retard. Brandon supplée au pied levé un Mark Price fatigué et tente de dynamiter la défense des Bulls. Wilkins rentre des gros shoots dans un Coliseum en feu mais les Cavs sont privés de Daugherty pour les dernières minutes à cause d’une sixième faute inutile sur un Jordan en transition. 

Alors que le score est de 101-101 à une poignée de secondes de la fin du match, Chicago met en place son meilleur système : balle à Jordan. Depuis l’entrée de la raquette, dos au panier, il commence à enfoncer son vis-à-vis. Le commentateur a beau prévenir les Cavaliers et leur conseiller de venir enfermer Jordan dans une prise à deux, ils ne le font pas. Jordan continue d’enfoncer son défenseur avant de dégainer l’un de ses tirs préférés, un fadeway. Et comme souvent, la balle rentre dans le cercle alors que le buzzer retenti. 

Pour la deuxième fois en quatre saisons, les Cavaliers perdent une série de playoffs en perdant le match décisif sur un tir au buzzer. Le théâtre est le même et pour la deuxième fois, le bourreau s’appelle Jordan. Pendant 26 ans, Jordan est resté le seul joueur de l’histoire à gagner deux séries sur des buzzer-beaters avant que Damian Lillard ne le rejoigne en 2019. Mais si Lillard a choisi de doubler le nombre de ses victimes, Jordan a choisi les mêmes. 

Le départ de Wilkens et la fin d’une ère…

Mais en éliminant les Cavaliers pour la cinquième fois, Jordan et ses Bulls n’ont pas seulement mis fin aux rêves de titre des Cavs, mais à une partie entière de leur histoire. En effet, fragilisé et critiqué par les observateurs sans recevoir de soutien public de la part de Wayne Embry, Lenny Wilkens termine son aventure aux Cavs. 

Champion NBA avec Seattle, Champion Olympique avec la Dream Team et Team USA 1996, Wilkens termine son aventure à Cleveland (avant de rejoindre Atlanta où il sera élu COY) sur un sweep, terrible conclusion pour une histoire qui, à défaut d’avoir été remplie de succès, aura été exceptionnelle en termes de niveau de jeu et de régularité.

En changeant de coach, les Cavs tirent un trait sur le meilleur entraîneur de leur histoire. Avec 574 matchs coachés pour 316 victoires soit un ratio de 55.1%, Wilkens reste aujourd’hui le meilleur coach de l’histoire des Cavaliers et, si les noms de Price et Daugherty sont aujourd’hui les premiers à ressortir de cette glorieuse époque, il convient de ne pas oublier que l’homme à la base de ses succès, c’était Lenny. 

Pour remplacer Wilkens parti entraîner les Hawks, Embry choisit Mike Fratello. Ce dernier n’a plus coaché en NBA depuis quatre ans à la suite d’un passage couronné de succès aux Hawks d’Atlanta.

Mike Fratello

Au-delà du changement de coach, l’été est agité du côté de Cleveland. Les Cavs enregistrent l’arrivée de Tim Kempton, Sedric Toney, Gary Alexander, Gerald Madkins et Chris Mills. Et là vous vous dîtes : « Non mais c’est qui ces types ? » et vous avez bien raison. Parmi tous ces joueurs, seul Chris Mills réussira une honnête carrière, laissant les autres de ces nouvelles recrues patauger dans la médiocrité parmi les nombreux no-names à être passés par la NBA.

Mais si les arrivées estivales ne sont pas à la hauteur, le noyau dur des Cavs restent le même. Pour une nouvelle saison, Daugherty, Price, Wilkins, Nance et Hot Rod constitueront le cœur de cet effectif au plafond incertain, entre vieillissement des cadres et première retraite de l’ogre Jordan. Le souffre-douleur de Jordan, Craig Ehlo, aura lui aussi quitté les Cavaliers, suivant Wilkens vers les Hawks d’Atlanta malgré ses intentions affichées de rester dans l’Ohio. 

Sous la direction de Fratello, les Cavs réalisent un exercice solide à défaut d’être excellent. 6ème meilleure attaque de la ligue, 11ème défense, Cleveland propose un profil complet tout au long de la saison régulière. Emmené par un Mark Price en 17/7 et une nouvelle fois All-Star ainsi que par un Daugherty en 17/10. Pourtant, si les stats sont toujours solides, Daugherty commence à décliner physiquement. Son dos commence à le faire souffrir et ne lui permet pas de s’exprimer comme il le souhaiterait sur le terrain, l’empêchant de participer à son sixième All-Star Game. Sa saison est même limitée à 50 matchs et, si les Cavs arrivent à décrocher un nouveau ticket pour les playoffs, Daugherty ne jouera aucune minute de post-season. 

Sixième de la Conférence Est, les Cavaliers se retrouvent face aux… Tiens tiens, les Chicago Bulls. Pourtant privés de Michael Jordan, les Bulls sont néanmoins des adversaires redoutables, emmenés par un Scottie Pippen démoniaque, échouant à quelques votes du trophée de MVP. Troisième de la Conférence Est, les Bulls ne vont faire qu’une petite bouchée de Cavs bien trop faibles.  

L’éternel lieutenant de Jordan va sortir une série monstrueuse avec 25.3 points, 9.7 rebonds, 4.3 passes et 3.3 steals par match. Gerald Wilkins aura beau sortir une série très solide (20/4/3), les Cavs ne sont pas au niveau et Mark Price, pourtant une nouvelle fois dans la All-NBA Third Team, sort une nouvelle fois des playoffs indignes de son niveau (avec seulement 4.7 passes de moyenne sur les 3 matchs). 

Pour la deuxième année consécutive, les Bulls sweepent les Cavaliers en remportant les trois matchs sans jamais trembler. Mais à Cleveland, l’important est ailleurs. Larry Nance, maintenant âgé de 35 ans tire sa révérence emportant avec lui son numéro 22 et le reste de l’identité défensive de l’équipe. Avec 433 matchs en 7 saisons sous les couleurs de Cleveland, Nance aura réussi à marquer 16.8 points de moyenne avec 8.2 rebonds et 2.5 contres de moyenne, s’imposant comme l’un des meilleurs joueurs et défenseurs de l’histoire des Cavaliers. 

De plus, les Cavs disent au revoir à leur légendaire Richfield Coliseum, salle de leurs débuts et de leurs premiers exploits et déménagent en centre-ville de Cleveland au sein de la nouvelle Gund Arena (transformée plus tard en Quicken Loans Arena puis en Rocket Mortgage Fieldhouse), une arène moderne de 20 562 places amenée à accueillir le All-Star Game 1997. 

Mike Fratello et le déclin des cadres historiques, une nouvelle identité

Mais au-delà de la célébration de la nouvelle salle et des remerciements pour la superbe carrière de Larry Nance, l’heure est à l’inquiétude dans l’Ohio. L’état de santé de Brad Daugherty inquiète et durant l’été qui suit, il se murmure que le meilleur joueur de l’histoire des Cavs pourrait ne pas jouer de toute la saison à venir. Cette inquiétude se transforma rapidement en certitude : Cleveland allait devoir batailler sans son pivot et sa première arme offensive et ce même si Mark Price était revenu médaillé d’or des Championnat du Monde 1994 avec Team USA. 

Pourtant, les Cavaliers sortirent une saison admirable de ténacité. Privé de Mark Price pour la moitié des matchs, ils réalisèrent une saison aboutie d’un point de vue collectif avec 6 joueurs à plus de 10 points de moyennes dont la première au-dessus des 10 points de moyenne pour le regretté Bobby Phills. Loin des dernières années de Wilkens, l’équipe des Cavs est devenu un véritable mur défensif. Les Cavs proposent le troisième meilleur Defensive Rating de la Ligue avec 104.6 points encaissés par 100 possessions, juste derrière les Bulls et les Knicks. En jouant sur un rythme demi-terrain très très lent, ils n’encaissent que 89.8 points par match, soit un nouveau record de la ligue. 

Pourtant, la défense des Cavs ne sera pas assez suffisante pour pallier aux faiblesses offensives criantes de l’équipe. En terminant sixièmes de la Conférence Est, Cleveland est condamné à affronter les Knicks de Ewing, finalistes la saison précédente, dès le 1er tour des playoffs. 

Avec une raquette dépeuplée, les Cavs manquent cruellement de taille pour affronter « The Beast of The East » qui, sans être extraordinaire (18/11 et 3 contres de moyenne), propose une ancre défensive trop difficile à attaquer pour les Cavs. Ces derniers prendront bien l’avantage du terrain lors du Game 2 en allant s’imposer au Madison Square Gardon de 6 petits points grâce à une prestation majuscule de Chris Mills et Bobby Phills (21 points chacun) et ce malgré les 9 pertes de balles de Price.

Mais dès le match suivant, les Cavs retombèrent dans leurs travers en s’inclinant sur leur parquet pour deux touts petits points. Si Derek Harper réalise un non-match total en attaque, la défense des Knicks est suffocante. Les Cavs ne marqueront que 81 points à 32.8% de réussite aux tirs. Sur ce match, seul Chris Mills atteindra les 50% de réussite, Price (22.2%), Hot Rod (30%) et Phills (18.2%) étant totalement annihilés par Harper, Ewing et la défense mise en place par Pat Riley. 

Au final, lors du Game 4, les Knicks planteront les derniers clous dans le cercueil des Cavaliers. Totalement dépassé par Derek Harper, Mark Price plombera son équipe en défense, laissant son adversaire direct scorer 30 points. Au final, les Cavs perdirent ce match 93-80, sortant une nouvelle fois au 1er tour des playoffs. Avec 15.54 points de moyenne à 65.7% au tir, Derek Harper aura fait vivre un calvaire à un Brandon encore trop tendre et un Price plus que jamais sur la pente descendante. 

 

Le départ de Mark Price

Toujours décidé à faire fonctionner cette équipe des Cavs, Embry ne fit pas de sentiments envers son vieillissant meneur de jeu. De plus en plus sujet aux blessures, Price ne jouera plus aucun match sous les couleurs des Cavaliers, étant tradé aux Washington Wizards au cours de l’été 1995. Comme un symbole, ce dernier match face aux Knicks, au cours duquel il avait été si bon offensivement (18/9) mais si inconstant de l’autre côté du terrain restera à jamais son dernier sous les couleurs des Cavaliers. 

En 9 saisons et 582 matchs sous le maillot des Cavaliers, Mark Price aura tourné dans des moyennes de 16.4 points et 7.2 assists par rencontre, soit 9543 points et 4206 assists (deuxième meilleur total de l’histoire de la franchise) au total. Quatre fois All-Star et surtout quatre fois All-NBA, Mark Price reste aujourd’hui encore comme le meilleur trade jamais monté par une équipe professionnelle de Cleveland. Mais au-delà des stats et du palmarès, Mark Price aura marqué une évolution dans le jeu de la NBA comme l’explique son ancien coéquipier Steve Kerr : 

« Mark a réellement révolutionné la manière dont les gens attaquent le pick and roll. Pour moi, il était le premier gars en NBA à réellement spliter les écrans. Beaucoup d’équipes ont commencé à changer leur défense du pick and roll en prenant à deux le meneur de jeu pour lui enlever la balle des mains. Il passait entre les joueurs et shootait son petit runner, personne ne faisait ça à l’époque. Aujourd’hui, quand vous regardez un match, tout le monde fait ça mais à l’époque, personne ne le faisait. Price était un pionnier. » Steve Kerr

Autre move d’envergure réalisé en ce mouvementé été 1995, l’arrivée de Dan Majerle. Ancien chien de garde des Suns, celui qui était devenu triple All-Star dans l’Arizona sous le surnom de « Thunder Dan » arrive alors avec Antonio Lang (aujourd’hui assistant-coach sur le banc des Cavs) et un futur first-round pick en échange de John « Hot Rod » Williams.  

Avec 661 matchs sous les couleurs de Cleveland, Hot Rod marqué 8504 points (12.9 de moyenne), pris 4669 rebonds (7.1 de moyenne) et réalisé 1200 contres (1.8 de moyenne). Joueur majeur et emblématique des Cavs des années 80/90, son maillot n’est malheureusement (et injustement ?) pas accroché au plafond de la salle des Cavaliers ce qui n’est pas compréhensible de mon point de vue.

Avec ces Cavs new-look, personne n’attend les Cavaliers en Playoffs, surtout que Brad Daugherty toujours blessé au dos n’a pas prévu de rejouer lors de la saison 1995/1996. Avec un effectif jeune et centré autour de Terrell Brandon, Cleveland apparaît alors en phase de reconstruction, surtout que l’équipe commence la saison en perdant ses 7 premiers matchs, renforçant les doutes des observateurs quant à leur capacité à jouer les playoffs. 

Pourtant, en se basant sur un jeu toujours plus lent (82.3 possessions par match) avec la dernière pace de la ligue et une défense très resserrée n’encaissant que 88.5 points par match (nouveau record NBA), les Cavs vont petit à petit refaire parler d’eux dans la course aux playoffs. S’ils ne sont que le 11ème Defensive Rating de la Ligue, la stratégie de Fratello fonctionne et les Cavs devienne un adversaire difficile à jouer. Terrell Brandon enfin pleinement responsabilisé, ce dernier sort une saison de qualité avec 19.3 points et 6.5 passes de moyenne ce qui lui vaut d’être appelé pour la première fois au All-Star Game. 

Et c’est ainsi que les Cavs finirent par arriver jusqu’en playoffs, décrochant une nouvelle fois la sixième place de la Conférence Est, pour se retrouver une nouvelle fois sur leur route les New York Knicks de ce bon vieux Patoche Ewing. Et comme l’année précédente, le manque de taille des Cavs face à une raquette Ewing / Mason fut fatal. Bien drivé par John Starks, les Knicks ne firent qu’une bouchée de Cavs bien trop jeunes et inexpérimentés malgré la série de qualité de Dan Majerle et ils s’imposèrent en 3 matchs, non sans avoir dû farouchement batailler lors des Game 2 et 3. 

Brad Daugherty, un talent digne du Hall of Fame, freiné par son physique…

Lors de l’été 1996, ce n’est plus un secret pour personne. Toujours en délicatesse avec un dos qui refuse de le laisser tranquille, Brad Daugherty décide d’annoncer officiellement sa retraite à l’âge de 31 ans, après seulement 8 petites saisons sur les parquets NBA. Brad Daugherty est à mon sens l’un des joueurs les plus sous-estimés et oubliés de l’histoire de la NBA. Grand pivot véloce et doué de bonnes mains et d’un superbe sens du jeu, personne ne peut dire avec certitude ce qu’aurait été sa carrière si son dos avait choisi de le laisser tranquille.

En 8 saisons dans l’Ohio, il aura marqué 10 389 points et pris 5 227 rebonds soit des moyennes tout à fait honorables de 19 points et 9.5 rebonds par match. Le jour où il a pri sa retraite, Daugherty l’a fait en ayant endossé le costume de meilleur marqueur de l’histoire des Cavaliers et, sans l’arrivée d’un certain numéro 23 moins de dix ans plus tard, nul doute qu’il serait encore le meilleur joueur de l’histoire des Cavs aujourd’hui. 5 fois All-Star et dans la All-NBA Third Team 1992, à une époque où les pivots dominants étaient légions, il aura profondément marqué l’histoire des Cleveland Cavaliers. 

Après plusieurs saisons loin des médias et de la NBA, il a fait son grand retour dans l’actualité des Cavaliers en étant un commentateur occasionnel des Cavaliers avec Austin Carr et John Michael. Toujours aussi gentil, humble et délicieux à écouter, il a ainsi pu redonner du baume au coeur des fans déprimés par une saison anniversaire plus que mauvaise.

 

Avec son départ, et alors que Wilkens, Ehlo, Price, Hot Rod, Nance et tant d’autres ont déjà quitté les Cavs, c’est la page la plus glorieuse de l’histoire de la franchise de l’Ohio qui s’est officiellement tournée. Durant près de 10 ans, Cleveland aura trusté les sommets de la NBA, s’imposant comme l’une des équipes les plus agréables à regarder et à suivre. Portée par des joueurs emblématiques mais trop limités pour la porter jusqu’au sommet (les séries de Mark Price en playoffs…), la franchise de l’Ohio aura connu une période dorée qu’il ne faut pas oublier. On espère que ce long article vous aura appris des choses, vous aura donner envie de regarder toujours plus de matchs de cette franchise bien trop souvent moquée pour un soi-disant déficit d’histoire.

 

 

Fan des Cavaliers depuis 2013, je cherche depuis une raison de m'accrocher à une équipe qui passe le plus clair de son temps à me détruire le cœur.

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